« L’existence est loin d’être un long fleuve tranquille. Je dirais même qu’elle ressemble à un océan souvent agité, où les moments d’accalmie ne sont guère légion. L’art de naviguer y est parfois plus important que la robustesse de l’embarcation. »
— Tidaf, Le Règne de la Subtilité (p. 179)
Nous passons nos vies à renforcer l’embarcation. Nous cherchons à devenir plus solides, plus instruits, plus influents, plus préparés. Nous nous rassurons en épaississant la coque, comme si la sécurité pouvait être construite une fois pour toutes.
Pourtant, l’océan de la vie se soucie peu de nos certitudes.
Il arrive qu’une embarcation puissante soit mise en échec par une tempête ordinaire, tandis qu’une autre, plus humble, trouve son chemin à travers des eaux autrement plus hostiles.
Les grandes traversées ne révèlent pas seulement la solidité du navire. Elles révèlent surtout la qualité du navigateur.
Savoir quand maintenir le cap et quand le corriger. Quand profiter d’un vent favorable et quand réduire la voilure. Quand patienter devant la tempête et quand saisir l’occasion qui ne se présentera peut-être plus.
Avoir une forme de maîtrise ne signifie pas dominer les aléas de la vie, mais apprendre à naviguer avec eux, et non à leur intérieur.
Les épreuves ne nous demandent pas seulement d’être forts. Elles nous demandent d’être lucides. Elles nous obligent à distinguer ce qui doit être affronté de ce qui doit être accepté, ce qui mérite notre énergie de ce qui ne mérite que notre patience. Elles nous font comprendre que toute résistance n’est pas courage et que toute acceptation n’est pas sagesse.
Peut-être que grandir consiste moins à construire une embarcation invulnérable qu’à devenir un navigateur plus attentif. Un navigateur qui sait quand mettre la main sur le gouvernail et quand jeter l’ancre.
Et si, au fond, l’art de naviguer consistait avant tout à savoir choisir ses combats ?
Selon vous, qu’est-ce qui constitue réellement « l’art de naviguer » dans l’existence ?
